Traiter le myélome
Comment se traite le myélome ?
La recherche biologique
Une meilleure compréhension des mécanismes biologiques du myélome va permettre dans un proche avenir de proposer aux malades un traitement ciblé sur les anomalies spécifiques de leurs propres cellules myélomateuses, et individualisé en fonction de leur génome.
Comme toutes les cellules malignes, les plasmocytes responsables du myélome présentent des anomalies génétiques, c’est-à-dire des anomalies de leurs chromosomes, qui provoquent leur prolifération anarchique aux dépens de leur environnement. Ces anomalies acquises par les plasmocytes malades ne concernent donc pas toutes les cellules de l’organisme, comme c’est le cas pour la trisomie 21 par exemple. L’identification par la recherche biologique des anomalies génétiques et des mécanismes des interactions entre les cellules myélomateuses et l’os qui les entoure, est essentielle pour pouvoir mettre au point des traitements ciblés qui, contrairement aux chimiothérapies actuelles, n’attaqueront pas les cellules normales.
Les 3 axes de recherche :
- Etude des caractéristiques de la cellule myélomateuse
Chaque malade a sans doute plusieurs dizaines d’anomalies chromosomiques au niveau de ses cellules myélomateuses. Les analyses actuelles ciblent les plus fréquentes qui informent sur le pronostic :
• la délétion du chromosome 13 est présente chez plus de 50 % des malades, mais elle influence peu le pronostic,
• la translocation [4;14], présente chez 15 % des malades, est associée à une maladie plus agressive,
• la délétion du chromosome 17 (10 % des malades) est aussi associée à une agressivité toute particulière de la maladie.
Des programmes de recherche sont développés aujourd’hui pour étudier toutes les autres anomalies chromosomiques. Au lieu de regarder simplement la translocation [4;14], la délétion du 17 ou du 13, on utilise des puces à ADN. Ces petites surfaces de 1cm2, sur lesquelles sont déposés des centaines de milliers de marqueurs, donnent une cartographie complète des chromosomes, c’est-à-dire de l’ADN, des cellules malades.
- Etude du génome normal des malades
Chaque individu possède un matériel génétique, le génome ou ADN, constituant les chromosomes, qui lui est propre et qui est présent dans toutes les cellules de son corps. Ainsi, nous sommes tous différents les uns des autres au niveau de l’ADN, sauf les vrais jumeaux. Ces variations individuelles ont des répercussions sur la façon dont on va répondre à un traitement, et aussi sur la façon dont on va le tolérer. Ainsi, la survenue de neuropathies avec tel traitement chez un patient est liée aux caractéristiques génétiques de l’individu et non pas à celles de la cellule tumorale. La caractérisation du génome normal est effectuée également avec les puces à ADN.
- Etude des facteurs osseux
Le myélome est une maladie qui attaque l’os. Cette agression est provoquée par des protéines sécrétées par les cellules myélomateuses, et qui ont été identifiées dans le sang ou les urines des malades. Ces molécules appartiennent à la grande famille des cytokines. La recherche biologique s’oriente aussi sur l’analyse de ces protéines pour essayer de mieux prévenir la maladie osseuse, qui est le signe clinique majeur du myélome. Peut-être qu’en ciblant directement ces protéines pour les neutraliser, sans toucher à la cellule tumorale, il sera possible de diminuer l’agressivité du myélome pour l’os, et ainsi de prévenir les douloureuses atteintes osseuses et fractures.
Dans les 5 ans à venir, en regardant l’ADN des cellules tumorales et l’ADN constitutionnel de l’individu, on devrait donc avoir des approches individualisées pour chaque patient en fonction du risque de toxicité et de la probabilité de réponse à tel type de traitement.
L’IFM, acteur de la recherche biologique
Un exemple de recherche biologique, celle du protocole IFM 2005-01 étudiant le Velcade® en induction avant autogreffe. Grâce aux cartographies ADN, effectuées sur le sang et les cellules myélomateuses des malades inclus dans l’étude, on devrait pouvoir identifier les caractéristiques communes des patients qui ont développé des neuropathies invalidantes. Ainsi, à l’avenir, quand au diagnostic un malade présentera ces mêmes caractéristiques, on pourrait alors prévenir la toxicité douloureuse du Velcade®, soit en réduisant les doses, soit en proposant un autre traitement efficace sur la maladie.
Cartographie par puces à ADN
A l’avenir, ce seront 2 millions de marqueurs qui seront étudiés.
Chaque colonne représente le génome de la cellule tumorale d’un patient.
Chaque ligne correspond à un type de chromosome.
Les anomalies sont indiquées en rouge et en bleu :
- rouge = chromosome « gagné », c’est-à-dire qu’il y a 3 ou 4 chromosomes au lieu d’une paire dans une cellule normale. On parle d’hyperdiploïdie (patient hyperdiploïde) qui est également un facteur pronostique.
- bleu = chromosome « perdu »
Cet exemple de cartographie sur 200 patients, montre que les anomalies sont différentes d’un patient à l’autre, mais qu’il existe des groupes de malades assez homogènes qui ont le même type d’anomalies.
Dr Marion Meney, d’après l’interview du Pr Hervé Avet-Loiseau, Nantes
Date de publication : 28-05-2008












