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Congrès de l’ASCO 2010
Traitement d’entretien, du concept à la réalité
Durant le congrès de l’American Society of Clinical Oncology, la plus importante réunion scientifique internationale en ce qui concerne le traitement du cancer, qui vient de se tenir à Chicago, d’importants résultats cliniques concernant le traitement d’entretien des malades les plus jeunes après traitement intensif avec autogreffe ont été présentés par l’Intergroupe Francophone du Myélome. Nous vous proposons d’en partager les enseignements et les conséquences potentiels pour la pratique.

Les résultats de deux études évaluant le bénéfice éventuel d’un traitement d’entretien par lénalidomide après autogreffe chez des malades jeunes ont ainsi été présentés à la communauté hématologique internationale présente dans ce congrès qui réunissait plus de 30 000 médecins.

La première est celle conduite par le groupe nord-américain du CALGB et la seconde est celle réalisée par l’Intergroupe Francophone du Myélome, l’étude IFM 2005-02, dont le Pr Michel Attal de Toulouse rapportait les résultats à l’ASCO 2010. Elles se situent toutes les deux dans le même contexte, celui du traitement de maintenance ou d’entretien après traitement intensif avec autogreffe. « A l’heure actuelle, quand on traite un myélome chez les malades jeunes, explique le Pr Michel Attal, le traitement standard est une chimiothérapie pour diminuer la masse tumorale et quand la réponse est obtenue on arrête le traitement, car jusqu’à présent dans le myélome il n’y avait pas d’intérêt démontré à poursuivre le traitement. Or l’on sait que malgré le traitement, il peut persister des cellules malades qui seront responsables des rechutes. Notre objectif était donc de rechercher un traitement permettant de contrôler plus longtemps la maladie résiduelle. Le thalidomide est ainsi le premier médicament ayant démontré cette capacité, mais son utilisation chronique en était limitée par l’apparition des neuropathies. D’où l’idée de confirmer cette hypothèse dans cette étude avec un médicament de la même famille, le lénalidomide, mais ne présentant pas ces problèmes de tolérance en cas d’utilisation prolongée ».

Les 2 essais présentés à l’ASCO ont à peu près le même schéma. Les malades étaient « tirés au sort » en 2 groupes après l’autogreffe pour recevoir soit une faible dose (10 à 15 mg/jour) de lénalidomide chaque jour en traitement d’entretien et ceci jusqu’à la rechute, soit une gélule quotidienne de placebo, et ceci aussi jusqu’à la rechute. La seule différence entre ces 2 protocoles, est que dans l’étude française les malades ont tous eu après l’autogreffe un traitement dit de consolidation par le lénalidomide à pleine dose (25 mg/jour) pendant 2 mois avant d’être « tiré au sort » pour poursuivre le traitement d’entretien par lénalomide à faible dose ou placebo.

Un bénéfice net sur la survie sans progression

Pour le Pr Michel Attal, les résultats de ces études sont sans ambiguité : « Si ce traitement d’entretien n’augmente pas la réponse obtenue par le traitement intensif, il permet sur la durée une réduction importante du risque de rechutes. Ce risque est diminué de 56 % dans le groupe qui avait reçu le lénalidomide à faible dose par rapport à celui ayant reçu le placebo en traitement d’entretien.»

Les 2 études démontrent des résultats similaires, la survie dite sans progression, c’est-à-dire le temps passé sans maladie après l’autogreffe, est significativement augmentée avec le traitement d’entretien par le lénalidomide comparé au placebo et ceci avec un profil de tolérance acceptable. L’effet indésirable principal rapporté est la baisse des globules blancs, sans qu’elle est entraînée de complications infectieuses sérieuses avec une surveillance régulière.

Pour le Pr Jean-Luc Harousseau, président de l’Intergroupe Francophone du Myélome, lui aussi présent durant ce congrès de l’ASCO, « la deuxième leçon de ces 2 études, c’est que cette amélioration de la survie sans progression de la maladie est observée pour tous les malades, quelque soit la gravité de leur maladie, le traitement qu’ils avaient reçu auparavant, ou leur état général ».

De premiers résultats à confirmer dans la durée

Les résultats présentés durant ce congrès concernent des malades qui ont été suivis dans l’étude française en moyenne avec 2 ans de traitement d’entretien ce qui, dans le cadre d’étude clinique, est encore relativement court. Les données présentées ne concernent donc pour le moment que la survie sans progression de la maladie sans qu’en puisse encore mesurer l’impact sur la survie globale. « Nous ne savons pas encore si ces résultats se traduiront par une amélioration de la survie globale, souligne le Pr Jean-Luc Harousseau, mais les courbes de survie sans progression sont si différentes que l’on peut penser que ce sera le cas, que le traitement d’entretien améliorera la survie ».

Pour le Pr Philippe Moreau de Nantes, qui présentait durant l’ASCO les résultats d’une autre étude de l’IFM sur un nouveau mode d’administration du bortézomib permettant de réduire la fréquence des neuropathies, « l’étude du lénalidomide en traitement d’entretien ne montre pas encore de bénéfice sur la survie globale. En effet, tous les patients qui ont rechuté ou progressé, qu’ils aient reçu du lénalidomide ou le placebo, ont pu recevoir un nouveau traitement efficace à la rechute et donc sans différence de mortalité entre les deux approches. Il va donc être nécessaire d’avoir un suivi plus long des malades pour être certain du bénéfice sur la survie globale. En attendant ces résultats, les médecins qui prennent en charge le myélome vont évaluer au cas par cas le rapport bénéfice/risque de cette nouvelle approche qui, rappelons-le, ne concernent que des malades jeunes ayant reçu un traitement intensif avec autogreffe ».

Dr Marion MENEY pour www.myelome-patients.info d’après un entretien durant le congrès de l’ASCO 2010 avec les Prs Michel ATTAL, Jean-Luc HAROUSSEAU et Philippe MOREAU.
Juin 2010